Elections législatives 2015 au Bénin : une série de ratés

Au Bénin, les élections législatives pour le choix des députés de la 7e législature se sont déroulées le 26 avril 2015, et il a fallu attendre le 1er mai, soit cinq jours plus tard pour avoir, de sources officielles, les grandes tendances et, tenez-vous tranquille, le taux de participation.

A une époque où, la publication des résultats d’un scrutin se fait quasi immédiatement après l’enregistrement des votes, et ce même en Afrique, le Nigeria en est l’exemple le plus récent, mon pays, le Bénin, pourtant réputée “grande démocratie d’Afrique” ne semble pas encore avoir pris le bon pli.

La Commission électorale nationale et autonome (Céna) en charge de l’organisation du scrutin et le Conseil d’orientation et de supervision de la liste électorale permanente et informatisée -COS Lépi-, dont la mission est d’éditer le fichier électoral, se sont associés pour ramener le peuple béninois un demi-siècle en arrière.

Pour rappel, depuis les élections de 2011, le fichier électoral manuel a été remplacé par une liste électorale dite “ permanente et informatisée-Lépi”. Et depuis, ce fut la descente aux enfers, du moins par rapport à ce qui était promis.

La liste qui devrait nous mettre à l’abri des fraudes électorales a servi à orchestrer la plus grande magouille de l’ère du renouveau démocratique : une élection remportée au 1er tour, un KO comme on aime si bien le dire ici. Un KO tellement improbable qu’il a été décidé de porter des corrections au fichier Lépi.

C’est là qu’a commencé, le second épisode, tout aussi amer que le premier, d’un feuilleton électoral rocambolesque. Les travaux de correction ont tellement traîné que les élections municipales, communales et locales prévues pour l’année 2014 ont été reportées.

La première expérience avec la nouvelle Lépi est la tenue des élections législatives de 2015, et pour l’instant, ça ne se passe pas mieux qu’il y a 4 ans.

  1. Déjà, la phase de distribution des cartes d’électeurs a déçu plus d’un. Prévue pour se tenir sur 15 jours, conformément au code électoral, elle n’a duré que 5 jours, privant ainsi de nombreux citoyens de leur droit de vote. Dans certaines régions, les cartes d’électeurs ont été distribuées le jour même du scrutin.
  2. Les cartes d’électeurs dans leur conception et leur présentation ont également déçu. Une carte aux dimensions monumentales (ne pouvant tenir dans une poche de chemise), imprimée en noir et blanc sur une simple rame de papier A4, mal plastifiée. Le “fruit” de nombreux mois de travail et de milliards de francs CFA engloutis.
  3. Le déroulement du vote s’est aussi heurté à des difficultés, liées notamment à l’acheminement du matériel de vote et au retard dans l’ouverture de nombreux bureaux de vote. On n’a même pas eu droit à une dispute, en direct sur nos chaînes de télévision, entre le président de la Céna  et un coordonnateur d’arrondissement qui avait peine à retrouver ses agents.
  4. Mais ce qui est le plus ahurissant, c’est l’incapacité de cette commission électorale à nous donner le taux de participation dans un court délai. Dans quel pays, faut-il attendre la fin du dépouillement avant de donner le taux de participation ?
  5. Enfin, la Lépi s’est encore montrée incapable d’éliminer les votes multiples. Le président de la Céna a lui-même admis qu’il y a 4 arrondissements dans lesquels, le nombre de votants dépasse le nombre d’inscrits.

Plus de 5 ans qu’on nous parle de la liste électorale permanente et informatisée, plus de 5 ans qu’on nous annonce les milliards engloutis dans cette liste. Et, nous attendons toujours des résultats à hauteur de ce qui était annoncé. Les élections législatives de 2015  sont une série de ratés. Vivement que les élections municipales, communales et locales se déroulent mieux.

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